jeudi 29 juillet 2010

Un avant-goût de la loi Besson

Vous avez aimé le débat sur l'identité nationale, vous allez adorer celui sur "les gens du voyage".

Dans mon enfance, on disait "les romanichels", une vingtaine d'années avant, dans un autre pays et un autre temps, on avait groupé "les tziganes", non seulement sous ce vocable qui évoque davantage la musique que l'exclusion, mais dans des camps d'où peu ressortirent.

En assimilant aujourd'hui "Roms" et "gens du voyage", le Gouvernement s'emploie une fois encore à susciter la méfiance, voire davantage, entre Français et étrangers, entre citoyens et communautés, et l'utilise pour masquer les échecs de ses guerres à répétition contre l'insécurité.

La confusion de deux populations pourtant bien distinctes et l’instauration de sanctions pénales basées sur des critères ethniques rappellent des heures sombres, et révèlent une méfiance systématique envers l’ « autre » et la volonté de remettre en cause sa place dans notre société.

Ce n'est qu'une étape. Le projet de loi Besson "relatif à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité" que nous examinerons à L'Assemblée à la rentrée durcira encore l’attitude des pouvoirs publics envers les étrangers.

Destiné à transposer des directives européennes, ce projet de loi écarte les quelques garde-fous prévus par le droit communautaire et restreint drastiquement les droits des étrangers en France :
-La durée de rétention maximale des étrangers sans papiers passera de 32 à 45 jours ;
- les personnes interpellées ne pourront être présentées devant le juge des libertés et de la détention que 5 jours après leur mise en détention, au cours desquelles l’administration pourra en toute impunité les renvoyer dans leur pays d’origine, sans que la régularité de la procédure puisse être contestée ;
-l’administration se verra confier le pouvoir discrétionnaire de créer à tout endroit des « zones d’attente », dans lesquelles les étrangers interpellés ne pourront se prévaloir d’aucun droit (cette mesure fait suite au débarquement des Kurdes sans papiers en Corse en janvier dernier et au fiasco subi par l’administration qui avait vu ses décisions sanctionnées par la justice).

Trois exemples parmi de nombreuses mesures visant à complexifier à l’extrême les procédures d’entrée sur le territoire et à laisser la prise en charge des étrangers aux seules mains de l’administration en restreignant au maximum la protection du juge judiciaire.

Nous sommes d'ores et déjà, en ces derniers jours de juillet, en concertation avec les associations de défense du droit des étrangers. La rentrée sera dure. A l'Assemblée comme partout.

lundi 26 juillet 2010

Les grognards noirs de la République

Tout ce qui ne représente pas directement les puissances d'argent doit être abattu, ou du moins affaibli. Tout ce qui ne les favorise pas directement doit être condamné.

"Article un" et "article deux" de la déclaration des devoirs de l'humain sarkozien.

A preuve : le corps préfectoral.

Rien que le mot "corps" donne envie à un chef de l'Etat digne de ce nom, du moins en Sarkozie occidentale, de le dissoudre. Quoi ? Un "corps" ? Auquel je n'appartiens pas ? Ni Bolloré, ni Bouygues ? Mais qu'est-ce à dire ? Qu'on dissolve ce corps-là !

Ni Bolloré, ni Bouygues... Il était tentant d'ajouter "Bettencourt". Nous qui avons à Bordeaux la religion des "3 M" (Montaigne, Montesquieu, Mauriac), nous sommes quasi-prédisposés à ces "3 B" antinomiques des précédents. J'ai résisté. Ce troisième "B", étrangement, me parait plus entre les mains du pouvoir que lui-même aux manettes, malgré son immense et complaisante fortune.

Revenons à nos préfets. Le "Journal du dimanche" intitule un papier à leur sujet "les grognards de la République". Nous pensons tous aussitôt, et avec raison, aux "hussards noirs de la République". Ces gens d'un autre temps et d'un autre pays que la Sarkozie occidentale et qui avaient en ligne de mire d'autres horizons que ceux des paradis fiscaux et pas d'autres ambitions que celles de la République.

Les préfets sont à dure épreuve. Récompensés au pourboire (pardon, à la prime), selon leurs résultats immédiats en matière de délinquance et, plus encore, selon leur compliance aux volontés médiatiques et mathématiques (la politique du chiffre) du Président. Primes généreuses même si accordées selon le bon plaisir du Prince. Mais : la générosité du Prince ne constitue pas la morale ordinaire des serviteurs de l'Etat.

La prime, c'est la carotte, le limogeage, c'est le bâton. Agitation dans l'Isère, Révocation du préfet. L'association du corps préfectoral, qui est assez loin d'un repère de trublions irresponsables, a manifesté son soutien au préfet dans un communiqué. Evénement rare. J'ai fait de même (Albert Dupuy était ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde). La presse dans les deux cas n'a pas suivi massivement (...).

La Gironde a de ce point de vue des antécédents. Le Préfet Bernard Fragneau a demandé lui-même à être relevé de ses fonctions dans le Loiret pour avoir été désavoué par le Président de la République au sujet de l'expulsion d'une jeune Marocaine. Belle figure de grognard que Bernard Fragneau, précédemment en poste à Bordeaux, qui a été chaleureusement mais discrètement félicité par les siens.

Les antécédents de limogeage sont nombreux pour cacher les échecs de la politique du gouvernement ou l'impopularité du Président. Le Préfet de la Manche a ainsi payé des manifestations d'agriculteurs sur le chemin du "Chef". Sarkozy, Ministre de l'intérieur, avait eu déjà la même attitude avec le Préfet de Haute-Corse pour semblables motifs.

Il y a plus fin que la carotte et le bâton : l'émiettement de ce grand corps et son "renouvellement". Les Préfets sont remplacés par des policiers, des conseillers de l'Elysée, imposés dans les grands postes par la main du maître.

Comment en effet supporter les élites, quelles qu'elles soient, quand on n'en fait pas partie ? Quand elles sont au service de l'Etat plutôt qu'au sien ?

vendredi 23 juillet 2010

Dans la paix du jardin

J'atterris -au sens figuré- après quatre jours intenses, principalement à Paris et principalement occupés du projet de loi sur la réforme des retraites que nous examinions en commission.

Principalement mais non seulement. Les dossiers à boucler à l'Assemblée avant la courte pause ménagée entre deux sessions "extraordinaires", le mélange entre les engagements de rentrée qui se profilent déjà, le fond continu du quotidien politique et le planning du jour ont constitué une sorte de brouhaha qui met à l'épreuve notre capacité à passer d'un sujet à l'autre tout en essayant de rester souverain dans chacun. C'est un peu par vengeance que j'intitule ce billet "dans la paix du jardin", jardin où j'ouvre à l'instant, comme un grand livre, mon ordi, avec l'espoir que les avatars et désagréments qui ont interdit l'accès à ce blog pendant une partie de ces quatre jours voudront bien ne pas se reproduire.

La paix, c'est trop dire. Les hélicoptères du tour de France ronflent au dessus de la ville, l'agitation est à portée d'oreille, le programme de la soirée n'est pas clos. Mais.. La paix se déclare, tout autant que la guerre !

Quelques flashes de ces quatre jours. Un entretien en tête à tête avec Robert Badinter autour des intégristes de tous poils et obédiences et de leur capacité de nuisance. Ils naissent pour lui de l'affaiblissement des religions. j'ai ajouté que, nés de leurs pertes d'audiences, ils étaient en marche pour les détruire au profit d'un chaos fait de haine et de violence. Entretien qui ne se résume pas en deux lignes et sur lequel je reviendrai.

Au cours du débat sur les retraites, la figure proéminente du député PS des Landes Alain Vidalies. Figure réservée, presque bougonne, dont l'autorité tient à ce qu'elle ne s'exprime jamais pour rien, ni jamais à l'excès. Il prend un sujet, il dit ce qui est, il rappelle ce qui doit être et il conclut. C'est court, bourru, décisif. On se tait pour l'écouter, on tarde à prendre la parole pour lui succéder.

Comme d'hab et comme on se doute, je l'apprécie d'autant plus que nos visions convergent en tous points sur un sujet majeur, situé au coeur même de la politique et de la gestion d'un pays : le travail.

Premier instrument de socialisation, d'intégration, de valorisation, de partage, le travail dont nous devons défendre pied à pied qu'il puisse être tout cela pour le plus grand nombre et non l'exact contraire. Le travail qui donne de la force et non celui qui casse ou qui use, qui humilie, qui abaisse au lieu de faire progresser.

Vaste programme, aurait dit le Général. Je me souviens que ce sujet était celui du concours général de français l'année où je l'ai passé (non, je n'ai pas eu le premier prix mais le premier accessit et j'essaye depuis de me rattraper !). Il m'amuserait de retrouver ma copie d'alors. Ce n'aurait pas dû être en réalité un sujet de français mais de philosophie tant il est fondamental, radical.

La réforme des retraites pose une fois de plus ce même sujet : quel place pour le travail dans la durée d'une vie ? Quelle importance de la prise en compte de ses rigueurs, de ses risques, des conditions où il s'éxerce ? Et plus encore l'enjeu majeur de faire que cette réforme constitue un pas en avant et non un pas en arrière après près d'un siècle de progrès social et sanitaire.

Voilà, un pot pourri d'idées qui ne me laissent pas tranquille et que j'ai versé en vrac dans cet intervalle de paix décrétée dans le vert de mon jardin.

lundi 19 juillet 2010

Micro-partis : autant de possibilités de contourner la loi.

L'affaire Woerth est une longue pelote qui déroule bien des surprises. L'une est la génération spontanée de plusieurs dizaines de micro-partis, à tropisme ump largement prédominant, dont le principal objet est le financement de l'ump et de ses candidats.

Autant de petites rivières qui viennent nourrir le grand fleuve financier dont ce parti s'est fait une spécialité. Rien d'illégal : la loi est seulement contournée et l'esprit de la loi trahi.

De quoi s'agit-il ? De petits partis destinés à soutenir l'action ou à promouvoir les idées de personnalités politiques sous l'entête d'un beau sigle. Nicolas Sarkozy, comme d'hab, a été un des premiers à la manoeuvre avec son ASANS (Association de soutien à l'action de Nicolas Sarkozy) . Eric Woerth (ASAEW), Laurent Wauquiez (Oxygène), sont bien placés dans le sillage présidentiel, le dernier ayant eu le bon goût, en pleine affaire Woerth d'aller demander des subsides lors d'un dîner d'affaires à Londres, dîner qui était inclus dans un déplacement officiel.

Pourquoi est-ce si grave ? En raison de deux principes simples et malheureusement toujours vérifiés : - c'est le candidat qui dispose des plus gros moyens financiers qui l'emporte - l'argent va préférentiellement au pouvoir et aux candidats en place : le sur-financement est donc une machine à la perpétuation des pouvoirs en place. - les gros financements lient les mains des politiques une fois élus.

L'exemple de ce troisième principe est le bouclier fiscal : promesse faite aux gros donateurs du premier cercle, il est pour cela, en pleine crise, un principe intouchable. J'entends bien qu'il n'est pas du tout sûr que, même indépendamment du premier cercle, Sarkozy ne l'aurait pas mis en place, ou aurait eu la moindre vélléité d'en soulever le couvercle. La proximité de la droite et des milieux d'affaires pourrait y suffire. Seulement si de gros chèques ont été faits sous promesse de retour sur investissement, les cordes qui lient les mains des élus n'en sont que plus grosses et plus serrées.`

Plus profondément : s'il faut des moyens à une campagne électorale, il faut que ces moyens restent dans un ordre raisonnable pour que le débat politique ne devienne pas que le concours du plus gros portefeuille. Nous devons protéger la politique des excès d'argent et des excès que permet l'argent.

Demain à l'Assemblée où je vais trois jours travailler sur le projet de réforme des retraites, je vais essayer de réunir des députés autour de l'idée d'une proposition de loi limitant les possibilités de détourner la loi sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales. C'est possible ne serait qu'en limitant à une par donateur les contributions à un parti politique et en maintenant le plafonnement à 7500 euros.

La loi, on la respecte ou on la change. Et c'est le rôle de chaque député d'y veiller.

dimanche 18 juillet 2010

Un héros de notre temps

Ce n'est pas à Bernard Giraudeau, ni à ses semblables dans l'épreuve que pensait le poète Lermontov en intitulant ainsi un court roman. C'est à ce titre de roman au contraire que j'ai si souvent pensé en soignant, en connaissant chaque jour davantage tant de cancéreux graves qui vont de rechutes en traitements lourds avec un héroïsme discret et anonyme qui a toujours forcé mon admiration.

Je ne connais pas le détail de l'épreuve de Bernard Giraudeau et je ne l'ai en rien partagée. Dix ans depuis le diagnostic d'un cancer du rein, quatre récidives et autant de longues séquences thérapeutiques. J'ai seulement écouté un interview de lui, il y a quelques semaines à peine. Il s'exprimait avec une ludicité, une connaissance de sa maladie et une élégance qui m'ont fait une fois de plus évoquer le héros de Lermontov.

Les traitements du cancer du rein qui comportent souvent des biothérapies par interleukine sont difficiles à supporter. Plus difficile encore, et ceci quel que soit le cancer quand il se complique, est la suite d'épreuves que constitue chaque récidive, l'attente des résultats des examens qui les découvrent, la mise en oeuvre d'un traitement, puis d'un autre quand il ne marche pas, ce feu incessant de l'ennemi qui a incontestablement quelque chose à voir avec la guerre.

Dans cette bataille de plusieurs années, quelquefois dix comme pour Bernard Giraudeau, quelquefois bien davantage, nombreux, très nombreux sont les malades qui font preuve de ce que je n'hésite pas à qualifier d'héroïsme. Nul ne sait s'il a en lui cet héroïsme, non plus que les militaires ne connaissent pas à l'avance leurs réactions devant le feu, non plus qu'aucun citoyen ne peut dire s'il aurait été résistant ou s'il aurait tenu devant la torture. J'ai rencontré pour ma part de véritables héros, non seulement par leur courage, mais par l'élégance avec laquelle ils l'ont manifesté, leur attention à leurs proches, leur volonté de n'en rien montrer, d'assumer leurs engagements ou de conduire leurs affaires. Quelquefois, de continuer à soigner leurs malades.

J'ai évoqué un jour cet héroïsme avec un militaire. Il n'avait jamais connu l'engagement direct en "opérations" , comme on dit maintenant, mais il s'est conduit en face d'une maladie particulièrement éprouvante par le nombre de tumeurs visibles sur son corps, comme un de ces héros. Il m'avait dit, comparant au courage militaire : "Sur le champ de bataille, on risque sa vie ; dans la maladie, on cherche à la sauver". Lui, ne cherchait plus à la sauver, il savait et voulait seulement être ce "héros de notre temps".

Hommage donc. A lui, à Bernard Giraudeau pour tous les autres auxquels je pense, non pas toujours, mais toujours intensément.

Pour une justice indépendante

Soyons très nombreux à manifester notre exigence d'une justice indépendante.

Dans l'affaire Woerth-Bettencourt comme dans les autres.

Une pétition n'est certainement pas une arme mais au moins un bon outil. On se souvient qu'une pétition a précédemment participé à faire reculer Nicolas Sarkozy dans la nomination de son fils à la tête de l'EPAD.

Signons en ligne la pétition pour la nomination d'un juge d'instruction dans l'affaire Woerth-Bettencourt.

vendredi 16 juillet 2010

Une société de simplicité et de rigueur

Je garde comme un trésor une ligne d'un petit cahier de mon père : "Travaille à une société de simplicité et de rigueur".

La phrase figurait sans signature dans mon premier document électoral. Elle a constitué pour moi beaucoup plus qu'un conseil. Elle gagne chaque jour un peu plus de force et d'actualité.

Est-il besoin de commenter le mot "simplicité" ? C'est celui qui revient aux lèvres de ceux qui ont la gentillesse d'évoquer encore le souvenir de mon père et même si j'ai plaisir à le noter, ce n'est certainement pas le sujet de ce jour. Une phrase de Gandhi, qu'Alain Rousset a choisi d'afficher en grandes lettres dans l'attique de l'hôtel de région, résume et définit mieux ce que contient le mot "Vivre simplement pour que d'autres, simplement, puissent vivre".

Mais "rigueur" ? Les médias s'émerveillent que François Fillon ait aujourd'hui prononcé le mot, pensant aux restrictions budgétaires appliquées à notre économie. Combien j'aurais préféré qu'il l'utilise enfin dans son sens le plus complet et le plus fort !

La rigueur ce ne sont pas des "rabotages" (modestes) de niches fiscales, des coupes dans le budget des ministères, réalisées avec un ciseau à angles ; moins encore une réduction des budgets sociaux, des crédits aux étudiants ou aux handicapés. La rigueur c'est un état d'esprit, une morale, une méthode, un souci permanent, une exigence. Comme j'aurais aimé que Fillon la décrète aujourd'hui et prenne la mesure de ses conséquences !

Comme nous aurions tous aimé qu'il perçoive comme une évidence, lui qui il y a trois jours à l'Assemblée nous disait que "nous avions perdu" parce qu'un rapport de l'inspection des finances n'ayant trouvé aucune trace écrite de directives ministérielles obligatoirement verbales avait "innocenté" le maître financier de l'ump, qu'il fallait à cette rigueur des preuves ! Une autorité de justice indépendante dans l'affaire qui secoue actuellement notre République, une attitude exemplaire de tous les Ministres largement pourvus en casseroles diverses, le respect de la presse d'investigation et de divers autres contre-pouvoirs...

Travaille à une société de simplicité et de rigueur. Fût-ce avec une toute petite cuillère, comme les archéologues dans le terrain des fouilles, fût-ce dans l'inquiétude et sa soeur l'incertitude, c'est le job que nous devons nous assigner pour tenter de sauver le radeau de la méduse qu'est devenu notre pays.

mercredi 14 juillet 2010

Réforme des retraites : le scandale de la pénibilité

De la pénibilité ou plus justement de son absence de prise en compte réelle.

Eric Woerth a présenté le 13 juillet, au Conseil des Ministres d'abord, puis à la commission des affaires sociales de l'Assemblée, un projet de réforme des retraites strictement inchangé par rapport à la mouture initiale. Le dernier tour de concertation avec les partenaires sociaux, la manifestation populaire massive du 24 juin ont eu l'effet d'un cautère sur une jambe de bois.

Long préambule où il a répété que la réforme était "juste, courageuse et équilibrée". Trilogie relayée par le Maire de Bordeaux mais dont la répétition ne suffit pas à faire une vérité.

Le point le plus noir, l'impardonnable défaut, est la non-prise en compte de la pénibilité du travail au profit du taux d'invalidité.

C'est impardonnable parce que nous avons aujourd'hui toutes les connaissances permettant d'apprécier la pénibilité. Eric Woerth, alors que je l'interrogeais sur ce point, s'est réfugié dans la difficulté à définir la pénibilité et j'ai essayé de montrer qu'il n'en était rien. Exercice inutile. Il le sait bien évidemment.

La pénibilité a été définie en tenant compte de critères validés par les partenaires sociaux qui mettent au premier plan l'espérance de vie, de 7 ans plus courte chez les ouvriers que chez les cadres supérieurs. Je l'avoue cette définition ne me satisfait pas entièrement car elle met au premier plan, les dégâts de la pénibilité au lieu de sa possibilité de prévention.

Nous avons tous les moyens de mesurer la pénibilité pour la prévenir dans les travaux et statistiques issus de la médecine du travail, des études de santé publique et des statistiques de l'INSEE.

Pour tous les grands groupes professionnels, nous connaissons les risques encourus, leur taux, le taux de morbidité (c'est à dire le pourcentage de maladies et de troubles), le type de ces maladies, leur âge de survenue et le temps d'éxercice au bout duquel ils surviennent de manière prépondérante.

Ne disposerions-nous pas de ces données, le bon sens suffirait pour savoir qu'un couvreur a un métier pénible, que son risque de chute augmente avec l'âge et que rester par temps de canicule ou de grand froid sur un toit est difficilement supportable. Un Ministre, fût-il du travail, ne le supporterait pas deux heures. Un député ne serait sans doute pas plus vaillant à l'éxercice.

Pour essayer d'attirer l'attention du Ministre, fin connaisseur du monde équestre, j'ai pris aussi l'exemple des jockeys de Chantilly. Avant que j'intervienne en séance, internet m'avait confirmé dans la connaissance de la pénibilité spécifique à ce mêtier qui fait que ces porteurs de casaques doivent interrompre leur métier bien avant 62 ans.

En réalité, Eric Woerth sait tout cela et il a proposé que "pour ceux chez lequel sera constatée une invalidité liée à leur profession de 20% au moins, la retraite pourra avoir lieu à 60 ans." Pas au moment du constat d'invalidité, à 60 ans.

Eric Woerth sait aussi que cette sorte d'invalidité s'aggrave même après interruption de l'activité. Il sait aussi, qu'avec une médecine du travail dans l'état ou huit ans de gouvernement de sa majorité l'ont mise, de l'eau passera sous les ponts avant que tous les travailleurs aient vu leur état évalué et "labellisé". Non seulement, il le sait, mais il compte dessus.

Il sait aussi que 20% c'est une réduction du cinquième des capacités de vie normale. Ce que l'âge aggravera et qui augmentera le fossé sanitaire entre les classes sociales.

Cette réforme remplace la pénibilité par les dégâts du travail. Je fais bêtement partie de ceux pour qui tout doit être fait pour que le travail donne de la force au lieu de l'enlever. De même, je pense que les conditions de travail sont plus importantes encore que la durée du travail et que nous (les socialistes) avons probablement trop agi pour la seconde et certainement pas assez pour les premières.

mardi 13 juillet 2010

Ecoeurement

A donner la nausée, les réponses de François Fillon à nos questions et à nos exigences sur l'affaire Woerth. Tellement pressé de l'enterrer par tous les artifices possibles (utilisation de l'imparfait, invectives des supposés "calomniateurs",..) alors que la justice ne s'est pas prononcée.

Ils sont tous tellement sûrs que la procureur Courroye parviendra à bonnes fins qu'ils concluent avant que les enquêtes soient menées. De même que Frédéric Lefèbvre avait annoncé huit jours avant le résultat de l'enquête de l'inspection des finances.

Nous demandons et nous ne cesserons de demander qu'un juge d'instruction indépendant du pouvoir soit chargé de l'enquête. Sans cela, il ne restera que la presse.

lundi 12 juillet 2010

The Sarko show (III)

Monologue sarkozien, suite. Qui aura la réactivité de calculer le temps des questions et celui des réponses ? Qui analysera ces questions qui ressemblent aux questions d'actualité ump dans l'hémicycle ?

Situation économique. La dette. Aurons-nous une question sur les raisons de cette dette, quand le pays est gouverné par l'ump depuis 8 ans ?

Pauvre Nicolas. Quatre crises en trois ans ! Mais avant ces crises, où en étions nous ? Et l'aveu que nous dépendons, la corde sur la gorge, des taux d'intérêt et des marchés.

Monologue, plus que jamais continu. Pujadas anesthésié, s'il en était besoin.

Les bonnes nouvelles : la diminution du nombre des fonctionnaires (134 000 000 euros en deux ans). Tous ceux qui sont soignés dans les hôpitaux apprécieront. L'affirmation qu'il n'y a eu aucun transfert de nouvelles compétences aux collectivités territoriales (!!!); Les niches fiscales : on va raboter entre 7 et 9 milliards sur 172 milliards. Parle-t-on des investissements dans les dom-tom, des forêts et de toutes les niches qui ne bénéficient qu'aux plus riches. Que nenni ! Y a-t-il des questions dans ce sens ? Pas davantage.

"Nous n'aurons plus d'entreprises en France si nous augmentons les impôts" : nous en perdons chaque jour, pourquoi ? Et pourquoi ne lui pose-t-on pas la question ?

Coup de brosse à Pujadas: "Vous êtes un journaliste trop sérieux pour parler du chèque de 30 millions d'euros de remboursement à mme Bettencourt". Et l'autre boit du petit lait. Et se tait. Trente millions, ça va, ça vient...

Plaidoyer pour le bouclier fiscal et déclaration d'amour à l'Allemagne. Hélàs, ce qui fait la force de l'Allemagne, nous ne l'avons pas. Et de nouveau, ce mensonge : ne pas payer plus de 50% de ce que l'on gagne. Mais ceux qui reçoivent le plus en raison du bouclier ne "gagnent" rien : ils ont un patrimoine. Et depuis sont instauration, pas un retour des fortunes dans l'hexagone.

Cet homme sans l'ombre d'un doute, d'une interrogation, ce permanent hommage à soi-même me sort des yeux. Je crois que je vais interrompre ce commentaire à chaud. L'absence de réaction du journaliste est au delà ce que l'on peut supporter.

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