En direct des journées parlementaires socialistes (I)
A Pau, devant le lourd feston de montagnes qui ferme le paysage. Et dans ce parc Beaumont, siglé du nom du duc qui venait y chasser et où je jouais étant enfant. Inutile de préciser que le duc n’y chassait plus depuis longtemps, mais les anglais y étaient encore très présents, leurs chevaux et leurs écuries, leur snobisme et les sanatoriums qui les accueillaient pour mourir.
C’est du déclin de l’Europe que nous parlons à l’instant. De son déclin industriel, particulièrement grave en France où l’industrie ne compte plus que pour 15% du PIB quand il en représentait 30 il y a 20 ans, comme vient de le rappeler Henri Emmanuelli.
Stéphane Rozès embraye en disant que ce n’est pas tant l’emploi mais le travail qui est en cause. Le travail qui marque la place de chacun dans la société et dont l’absence est une machine à exclusion. Le programme présidentiel doit marquer une pensée globale et non pas être une addition de réformes.
Intervention de Jean Marc Ayrault. « Trois ans et quatre mois après l’élection de Nicolas Sarkozy nous en sommes déjà à nous poser la question de remettre la République à l’endroit. Que reste-t-il du Président du pouvoir d’achat, de la République irréprochable, de la refondation du capitalisme …?Aujourd’hui, l’Assemblée nationale n’est plus présentée que comme une contrainte de temps et rien d’autre. Appel au refus de la berlusconisation de la vie politique française.
Appel à une République du mouvement de la remise en question et de la définition d’un nouveau contrat social.
Martine Linières-Cassou clôt cette courte première séance et nous invite à … nous restaurer.
Communiqué de presse : Michèle Delaunay et les remontrances de Chantal Bourragué
Michele Delaunay rappelle gentiment à Chantal Bourragué que si elle ne l’avait pas battue à l’élection cantonale de 2004, elle serait aujourd’hui dans la situation exacte qu’elle dénonce, et qu’elle est elle-même une « cumularde » par l’addition de son mandat de conseillère municipale « spéciale » et de son mandat de députée.
Michèle Delaunay rappelle aussi qu’en se portant candidate, elle ne déroge pas aux engagements du Parti Socialiste de ne pas cumuler un mandat de parlementaire avec une fonction exécutive mais assume seulement sa responsabilité de ne pas voir ce canton revenir aux « inconditionnels » de Nicolas Sarkozy et de sa politique.
La droite confirme qu’elle aurait préféré la voir renoncer à cette candidature, ce qui démontre que la décision de Michèle Delaunay et celle du Parti Socialiste de l’y engager est la bonne.
RDV, bureau au Conseil général, café politique sur les retraites
Le retour de l’humain
Ces derniers mois ont été l’occasion d’un empilement d’attitudes, de dérives verbales, de mesures et de projets de lois frôlant dangereusement les limites de l’éthique. Les déclarations du chef de l’Etat, les circulaires ciblant -contrairement à la loi- un groupe ethnique, les entraves aux libertés, les mensonges, les parjures (si l’on peut appeler ainsi les contraventions radicales aux promesses électorales), les dénis, se sont empilés jour après jour, sans que presque aucun ne soit épargné. Nous sommes nombreux à avoir senti que nous étions en train de basculer dans un mode de gouvernement qui ressemblait fort à une pente dangereuse.
Consolation et plus encore, encouragement, en face de ce basculement est apparue l’évidence d’une prise de conscience que nous étions en train d’attenter à l’humain, au simplement humain, ce sentiment presque irrationnel mais que la raison conforte, qui nous fait souffrir de voir un humain qui souffre, dont la dignité, la simple condition d’humain est atteinte.
C’est cette évidence que portent les jeûneurs qui ont campé dix jours durant devant l’Assemblée Nationale, sur cette petite place au pied de mon bureau qui est le lieu de toutes les manifestations pacifiques qui accompagnent les débats parlementaires. Nous avons été cinq députés (Patrick Braouzec, PC, Sandrine Mazetier, Serge Blisko et moi (PS) et, last but not least, Etienne Pinte (UMP) à les recevoir longuement, gravement, profondément. Ce jeûne citoyen, comme ils l’appellent, a d’autant plus de force qu’il est celui d’hommes et de femmes dont les bases morales, philosophiques et politiques sont très diverses, de « ceux qui croient en Dieu » à « ceux qui n’y croient pas », pour parodier le poème.
Parmi eux, un Bordelais de 44 ans, ingénieur, qui m’a touchée profondément en disant qu’il avait eu les yeux ouverts le jour où un jeune Kurde avait voulu s’immoler par le feu dans l’église Sainte Marie de la Bastide et où j’étais allée en médiatrice pour éviter le drame.
Eveilleurs de conscience ils sont, mais aussi témoins d’une prise de conscience que nous touchons aujourd’hui en France comme dans d’autres pays européens au noyau dur de l’humaine condition. Il faut avoir partagé ne serait-ce que quelques heures, place André Meunier, la situation de familles et d’enfants, sous la chaleur et n’ayant pour s’asseoir d’autre possibilité que le sol, dans l’attente d’une expulsion ou d’un logement d’urgence, ce dernier hypothétique et toujours retardé, pour mesurer ce qui est imposé à nos « frères humains ».
Le projet de loi Besson, qui viendra en discussion à l’Assemblée après la réforme des retraites, est un pas dans cette escalade descendante dans la fraternité inscrite au fronton de nos mairies. Ce n’était pas jusqu’alors le mot du trio que je portais le plus haut. C’est quand il est atteint qu’on en mesure le sens.