Matin dans mon jardin en forme de champ de bataille. Les marrons tombent comme des boulets sur les morceaux de zinc, les poutres, les ferrailles encore accumulés. Plus loin, des sirènes d’ambulance ou voitures de pompiers, réveillant la ville et lui rappelant qu’elle est fragile. Hors cela, tout est tendresse, douce lumière, ombres chinoises des feuillages, petits cris de révolte des oiseaux qui voudraient qu’à cette heure l’espace sonore soit à eux seuls.
Un très beau poème a éclot en commentaire de mon dernier petit billet. Nous parlions hier avec Jean Mandouze, dans cette heure incertaine qu’on appelle curieusement « entre chiens et loups » du privilège que constitue la familiarité avec la nature et la connaissance de ses signess. Comme moi, Jean regarde le ciel, connait la course des heures, identifie les couleurs et les odeurs différentes des saisons. Beaucoup mieux que moi, car en sa qualité de marin il a parcouru des mers qu’aucune illumination troublait, il identifie les étoiles et les constellations présentes dans le ciel selon l’espace et le temps.
Ce priviligège de communion-conversation devrait être inscrit dans la liste des droits de l’homme et la LDH devrait veiller à son respect. Hier, à cette heure de chiens et de loups, un pourcentage considérable d’humains des villes étaient devant leur télé. Beaucoup avaient fait leurs achats dans des magasins sans fenêtre constamment éclairés à la lumière électrique quelle que soit l’heure et la saison. Entre les deux, ils avaient fait le chemin en voiture. Bref, ils ne pouvaient rien découvrir et savoir du jeu des ombres et des lumières sur les arbres et les façades, leur journée aurait pu se dérouler en mars comme en novembre, elle était, littéralement, artificielle.
C’est le cas bien sûr de beaucoup de mes journées aussi : auto, hosto, dodo hier ; train, bureaux et agitation quelconque aujourd’hui. Mais à la moindre halte, je regarde et je respire, je reprends pied et souffle.
Entre temps, les oiseaux ont eu raison des sirènes, la lumère arrive jusqu’à la petite table où j’ai installé mon ordi. Je voudrais que mon wifi volant transporte toutes ces bonnes ondes jusqu’à vous.