J’ai eu envie de titrer ce billet « Trop, c’est trop ». Trop envahissante, excessive en effet la dérive commerciale du sport, qui atteint aujourd’hui « notre » rugby, longtemps épargné.
Coup de téléphone ce matin. « Ton hôpital loue des places de parking, un peu cher quand même… ». Il m’a fallu quelques explications pour comprendre.
« Mon » hôpital, en l’occurence, c’est l’hôpital Charles Perrens, dont je préside le conseil d’administration, fonction que j’aime particulièrement. Perrens est situé à proximité du stade Chaban Delmas et à l’occasion des grands événements sportifs, nous mettons à disposition les parkings de l’hôpital pour faciliter la vie des spectateurs d’un soir.
Dans cet esprit, a été établie une convention avec le comité d’organisation de la coupe du monde de rugby. Les 250 places de stationnement de l’hôpital ont été ainsi mises à disposition de l’organisation, à titre gracieux. Par courtoisie, nous ont été offertes pour le personnel hospitalier 7 (je dis bien sept) tickets d’entrée.
Nous apprenons ce matin que chaque place de parking est louée 20 euros pour la durée du match. Habilement, les organisateurs n’appellent pas cela une « location », mais une « participation aux frais de gestion ». Vingt euros multipliés par 250, voilà une gestion vraiment très coûteuse !
Ceci d’autant plus que les gardiens d’un soir des parkings sont des bénévoles, généreusement gratifiés d’un T shirt … Admettons qu’il y a peut-être en plus un gardien de nuit professionnel, cela n’explique aucunement les 5000 euros empochés pour chaque match.
Cela m’a tellement choquée que j’en ai fait part à la presse. J’ai trouvé une oreille attentive : certains avaient eu à payer cette somme, simplement pour éxercer leur mêtier de journaliste et garer le véhicule contenant leur matériel. J’ai appris au passage que la simple retransmission radiophonique des 4 matchs où le France est engagée avait coûté à « Sud radio » (radio dont la diffusion n’est pas mondiale) 30 000 euros.
Revenons à Perrens. Mon indignation a deux motifs. La confiance de l’équipe hospitalière a été abusée. Nulle part, dans la convention que nous avons signé, il n’est question de location payante des places que nous mettions gracieusement à disposition. Perrens est un hôpital public, et il joue pleinement sa fonction de propriété de l’Etat en facilitant la vie des citoyens (en l’occurence les spectateurs du match) quand l’occasion lui en est donnée. Si nous avions eu connaissance de cette location à titre onéreux, nous aurions mis le terrain à disposition des structures publiques (mairie, conseil général…)
Le deuxième motif est la dérive commerciale du sport. A ce niveau, une part de commerce peut être considérée comme normale, par exemple pour les droits de télévision (le rugby est alors un spectacle comme un show télévisé ou un film), mais elle doit être limitée et contrôlée. Ici, on en est à vendre les terrains de l’hôpital public, les petits marchands ambulants de saucisses et de bière sont évincés car ils ne peuvent pas payer suffisamment l’emplacement, et bien d’autres choses qui m’ont été apprises aujourd’hui.
Une compétition sportive doit être un moment de fête, convivial et populaire; pas une arnaque à gogos, dont on fait monter les prix grâce à un matraquage médiatique qui passe la raison.
A donner raison à Churchill : « Cigars, whisky, NO SPORTS » !