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Christine et les sages

Je suis décidément bien acariâtre envers les ministres féminins du gouvernement sarkozy. Roselyne Bachelot dans le billet précédent, Christine Lagarde maintenant… Le temps sans doute, tempétueux et venteux, soulevant sur la mer de hauts murs désordonnés qui s’éboulent en grand fracas.

Le Conseil constitutionnel vient de retoquer une partie de la loi « TEPA » (Travail, Emploi, Pouvoir d’Achat) , celle qui établit la rétroactivité de la défiscalisation des intérêts d’emprunt. Inégalitaire, trop couteûse ont dit ceux qu’on appelle « les sages » que l’on ne peut guère soupçonner de partialité en faveur de la gauche, puisqu’il ne reste qu’un seul membre issu de ses rangs (l’ancien ministre Pierre Joxe).

Qu’à cela ne tienne, Christine Lagarde a déclaré sereinement aux journalistes qu’elle avait trouvé un moyen pour que cette mesure puisse s’appliquer quand même et qu’ainsi la promesse du candidat Sarkozy soit honorée.

Vous imagineriez qu’un(e) ministre soit soucieuse de constitutionnalité et qu’elle n’envisage en aucun cas d’en transgresser le principe qui prévaut sur toute autre règle et en particulier sur le vote des deux parlements ? Que nenni ! Christine Lagarde a trouvé semble-t-il la faille qui lui permet de s’exonérer du jugement du Conseil Constitutionnel.

Personne n’a semblé sourciller. Pas même les journalistes qui rapportent ses déclarations.

Reportons-nous quant à nous un peu en arrière et imaginons ce qu’aurait été le tollé si Ségolène Royal avait osé semblable déclaration…

La franchise n’est pas sincère

Dans une interview récente à notre quotidien Sud-Ouest, Roselyne Bachelot en a rajouté dans la malhonneté intellectuelle avec laquelle on essaye de faire passer la franchise médicale
– « Mais qui donc ne pourrait pas payer quatre euros par mois pour manifester sa solidarité avec les malades atteints d’Alzheimer ou de cancer, ou encore avec les malades en fin de vie ? »

Pourquoi ne pas avoir le minimum d’honneteté de dire tout simplement que cette taxe servira à renflouer -un peu- le déficit de 6,5 milliards d’euros de la sécurité sociale ? Utiliser ainsi les maladies ou les situations les plus douloureuses pour essayer d’obtenir l’adhésion est indécent, choquant. On se doute que l’argent de l’assurance sociale ne sert pas à financer les bien portants, et qu’en effet, les cancéreux, les déments, les agonisants mais aussi les dialysés, les paralytiques, les hémiplégiques, les diabétiques…en bénéficient. On pourrait faire une page entière des noms de maladies capables d’appeler la compassion et l’esprit de solidarité. C’est vrai, madame Bachelot, ce sont en priorité les malades qui ont besoin de soins, et bien souvent les malades graves coûtent plus cher que les autres. Notre ministre est formidable, elle n’est en charge de la santé que depuis quelques semaines et elle a déjà compris cela !

Oui, il faut prendre conscience du coût toujours croissant des traitements et des soins; oui, il faut que la solidarité nationale s’éxerce pleinement, d’abord dans les affections les plus graves. Oui aussi, cela ne se fera pas sans mesures difficiles, qu’il faudra faire comprendre et accepter.

Le problème de la franchise, c’est qu’elle ne pénalise que les plus modestes et risque de limiter leur accès aux soins alors qu’ils ce sont eux qui en ont le plus besoin au regard de la fracture sanitaire qui est entrain de s’installer. Le problème c’est que parallèlement on fait une remise impôt aux plus riches d’un montant égal ou supérieur à ce que pourra rapporter la franchise. Est-ce ainsi que l’on peut faire accepter une taxe ? Et c’est pour cela que l’on a recours à ces arguments émotionnels peu nets.

Quelques chiffres

Quelques chiffres, en vrac..

– La durée d’écoute moyenne par jour et par Français âgé de plus de 4 ans est de 3 heures 24 minutes. Bonne nouvelle, elle a évolué vers la baisse, en faveur de l’ordinateur : en 2005, elle était de 3 heures 26 minutes.
Par foyer, elle de 5 heures 39 minutes.

– Un grand patron français, gagne en moyenne 300 smics ; en moyenne, car aux extrèmes ou hors de France, cela peut aller à 500 ou 700 smics.

– en 1970, un patron américain gagnait 40 fois plus que le salaire moyen (salaire moyen, et non smic) de son entreprise ; c’est aujourd’hui 170 fois plus.

– 550 000 personnes en France fument du haschisch chaque jour, 1,2 millions en fument régulièrement ; 49,5% des jeunes de moins de 17 ans en ont déjà fumé.

– Le budget annuel de communication de Coca-Cola est supérieur au budget total de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Sans commentaires.

Gardienne intérimaire de phare

Temps et mer de tempête. Pluie presque continue tout au long de la journée. Par ce temps, j’habite une sorte de bocal, dont l’eau serait à l’extérieur. Entre la mer et moi, il n’y a que l’épaisseur de ma fenêtre et un invisible rideau de pluie.

Ces circonstances sont très favorables à une activité dont je suis très peu friande : la transcription des cassettes que j’enregistre en marchant. Beaucoup ont ainsi passé au travers et je les retrouve dans des tiroirs ou des fonds de sac, pour finir par les réunir dans un petit carton « cassettes d’époques diverses » qui me semble dévolu à l’oubli des générations futures.

Par moments, le ciel s’éclaircit un peu. Une barre de lumière tombe sur l’écume qu’elle rend d’une blancheur presque aveuglante. Tout autour de moi est spectacle. Cela ne pourrait sans doute durer très longtemps : l’habitude d’agir, de bouger, de m’agiter ferait de moi un piètre gardien de phare. Mais venir là comme pour des retrouvailles, y restaurer dans ce silence bruyant la force de travail (on remarquera au passage l’habile incidente marxiste !), me remplir d’air et de large, j’espère ne pas en être privée avant longtemps.

Multiple splendeur (suite)

Multiple et mobile splendeur, disais-je dans le blog* avant de partir et j’ai été aussitôt entendue. Le vent s’est levé en bourrasques, la mer s’est hérissée de crêtes blanches jusqu’à l’horizon et je marche maintenant contre vents et marées, dans le brisant tumultueux des vagues, protégeant le magnéto de mes deux mains pour tenter au retour de discerner ma voix au milieu des grondements du vent. La mer est bien belle quand elle est en colère. Un mari amoureux pourrait le dire d’une femme. Tous les amoureux sans doute et d’abord ceux qui le sont des horizons sauvages. (…)

Des roulements graves presque incessants disent mieux que tout autre signe la dangerosité de l’océan. Le mouvement régulier de la mer s’est mué en dieux wagnériens prêts à avaler promeneurs et baigneurs ne se tenant pas à respectueuse distance. Dans ce vent intense de pointe du raz, on ne peut guère se promener épaules découvertes sans être répidement glacé. Une poudre d’embruns couvre les reliefs de la plage et voilent l’horizon. Les lames montent haut et lissent le sable d’un coup, effaçant les pas qui m’ont précédée.

Des dizaines de pages de mes cahiers, des boites entières de cassettes portent ces notations. Leur date est sans importance, le temps est plus immobile ici que partout ailleurs. Il y trente cinquante ans, et même bien avant que je ne les ai perçus moi-même, la mer était toute aussi imprévisible, le vent fantasque, le soleil prompt à se cacher et à réapparaître. J’imagine souvent que Montaigne à cheval aurait pu descendre sur ces côtes et peut-être l’a-t-il fait même si les essais n’en disent rien. Montaigne n’était pas Chateaubriand, les espaces marins ne l’attiraient pas, sans doute le temps n’en était pas venu encore.

On s’inquiète beaucoup aujourd’hui que les côtes reculent, effet parmi tant d’autres du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers ; deux cent metres en cinquante ans dans je ne sais quelle plage de la manche. Dans les mêmes cinquante ans ici, la dune a changé, elle s’est arrondie et éboulée, avalant tour à tour les trois blockhaus que les bétonneurs acharnés que nous a momentanément prêté l’armée allemande, avaient planté à sa crête de kilomètre en kilomètre. Toute enfant, mes promenades avaient pour but l’un ou l’autre de ces trois blockhaus. Le troisième, le plus lointain, n’était autorisé que sous surveillance et il représentait un peu la dernière redoute d’où les lieutenants du désert des tartares surveillaient l’horizon silencieux. C’est celui que le sable a avalé le plus tôt, donnant ainsi à mes longues marches l’absence de limites définissables qui leur convenait.

Le premier blockhaus, visible de la maison, s’est d’abord éboulé par gros pans jusqu’à mi-dune. L’un est ressorti un jour du sable, portant en Allemand l’inscription « Lebens gefahr » à laquelle sa position et son état donnaient un air de dérision. « Lebens gefahr » signifie danger de mort, mais la langue allemande utilise la formule à son contraire « danger de vie ». L’année suivante, le blockhaus a fini d’être enseveli. Le temps et l’Histoire avaient fait leur office.

  • enregistré le 15 aout sur la plage, transcrit le 16

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