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CP de Michèle Delaunay : Tabac, déplacement à Bruxelles le 5 Avril

A l’occasion d’un déplacement à Bruxelles mardi 5 avril, pour une conférence de l’ENSP (European Network for Smoking and Tobacco Prevention), je rencontrerai nos partenaires Européens, et notamment le Commissaire Européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis pour évoquer trois sujets majeurs dans la lutte contre le tabac :

  • L’urgence de mettre en place une traçabilité libre et indépendante des produits du tabac, comme cela a été voté par le Parlement Européen le 9 mars 2016, et mettre fin aux accords avec le cigarettier Philip Morris ;
  • L’urgence de contrôler strictement les lobbies du tabac au niveau Européen, sur le modèle de la Commission d’enquête parlementaire que je demande au niveau du Parlement français ;
  • L’urgence de mettre à l’ordre du jour le dossier de la convergence fiscale des produits du tabac au niveau Européen.

Le troisième point est sans doute, de tous, le plus décisif. Il s’agit d’œuvrer pour une mise en œuvre en cohérence fiscale des différents pays Européens sur les produits du tabac afin d’harmoniser au plus près et à la hausse les prix de vente aux consommateurs.

Poissons et merveilles

Que sont les poissons d’antan devenus ? Ceux que l’on cherchait à dénicher dans les colonnes des journaux ou les annonces de la radio ? Ceux qu’on était le premier à identifier, ceux au contraire dans lesquels on tombait et qui donnaient matière à joyeuse discussion pour des journées entières ?

J’ai vu un des services hospitaliers où j’ai travaillé très animé tout un jour parce que le chef de service avait reçu un courrier ultra-confidentiel du Maire de Bordeaux lui demandant de traiter par radiothérapie les momies de l’église Saint Michel. Où allions-nous les stocker, quelles doses utiliser ?.. La blague n’a pas fait long feu, mais longue conversation, et c’est très bien comme ça.

A l’Assemblée nationale lors de la dernière loi santé un amendement a été proposé à la signature des députés. Il proposait d’imposer une date de péremption pour les bouteilles de Bordeaux, qui comme on le sait sont remplies de polyphénols et de dérivés anthocyaniques qui en vieillissant sont susceptibles de donner naissance à des phénophtalates polycarbonés dont le nom seul n’est pas bien recommandable.. La revue « Science » ayant validé cette pesante inquiétude dans une publication récente, le Parlement français ne pouvait demeurer taisant plus longtemps…

Le précédent billet de mon blog, apparaît tout entier comme une blague. Serions-nous donc si bêtes, nous les Européens, d’utiliser l’anglais comme langue véhiculaire entre nous alors que cette langue n’est pas majoritaire et qu’en cas de « Brexit » elle ne sera parlée maternellement que par moins de 10% des Européens ?

Eh bien, ce n’est aucunement une blague : nous sommes aussi bêtes ; ça le devient quand on en conclut à l’enseignement obligatoire de l’allemand dans toutes nos écoles dès le 23 juin.

Cette année, à peine la petite queue d’un tout petit poisson : l’installation de Disney Land à Bordeaux. Si j’osais, je dirais que c’est déjà fait et que beaucoup croient déjà tenir la queue du Mickey.

 

 

Langues : ça bouge pas mal en Europe

A 90 jours (23 juin) du referendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne, les institutions se préparent à toute éventualité. Economie, statut des places financières et en premier lieu de la City (die city), mobilité des Européens et contrôles aux frontières… le « Brexit » (GrossBritannien-Austritt) est la cause d’un grand remue-méninges, tant chez les europhiles que chez les europhobes.

Un aspect avait jusque-là été quelque peu oublié, comme il le fut lors du traité constitutionnel de 2004 : la situation des langues européennes. Les « langues de travail » des diverses institutions (Commission, Cour de Justice..) qui sont en quelque sorte les langues officielles de l’Europe sont aujourd’hui l’anglais, le français et l’allemand. Des décisions sont pourtant d’ores et déjà prises même si elle demeureront confidentielles jusqu’à connaissance du résultat du vote…

La langue anglaise verra en effet, en cas de sortie du Royaume-Uni, sa position dégringoler de manière spectaculaire. De 63 millions de locuteurs, elle passera à 9 800 000, habitant principalement en Irlande et à Malte, Etat certes important mais peu destiné au leadership (Furhrung) européen. Dans l’hypothèse où l’Ecosse demanderait à rejoindre individuellement l’Union, le groupe anglophone se verrait renforcé de 5 millions d’individus. Au total : les anglophones ne représenteraient alors que moins de 10% des européens dans le 1er cas ou 11% avec l’appui des Ecossais.

La conséquence est claire, et les décisions déjà dans les tiroirs : les trois langues « officielles » deviendront alors, par ordre d’importance de leur représentation : l’allemand (90 millions de locuteurs), le français (74 millions) et l’Italien (65 millions) . Mais, ce qui importe bien davantage aux européens, l’allemand, désormais langue dominante sera enseigné à titre obligatoire après la langue maternelle dans l’ensemble des écoles européennes. Pour l’Allemagne elle-même et les territoires germanophones au Luxembourg, en Belgique et en Italie, le Président Hollande a obtenu de haute lutte de la chancelière Merkel que ce soit le français qui soit alors enseigné en deuxième langue. Qu’il en soit remercié.

L’anglais retrouvera donc sa juste place, celle de langue accessoire de l’américain, une sorte de dialecte plutôt chic, assez branché, mais d’autant moins signe de modernité et d’avenir qu’il est partout battu en brèche. Aux USA, il recule devant l’espagnol, en Australie devant les langues asiatiques. En Europe, il pourra tout juste bénéficier des dispositions relatives aux « langues minoritaires ou régionales » du Conseil de l’Europe.

Immobile, l’Europe ? Ca bouge pas mal au contraire dans les cerveaux des Eurocrates, et je vois déjà se réjouir ceux qui ont un instant frémi à l’idée d’une réduction de l’enseignement de l’allemand. Cerise sur le gâteau, il est aussi question  d’imposer dans les médias le remplacement des mots ou expressions anglo-américains par leur équivalent germanique. On notera à mon crédit que j’ai déjà anticipé cette disposition de bon sens.

Les deux piliers de la République

Les deux piliers de la République comptent-ils si peu en face de la cigarette ?

Le premier, l’Education nationale dont la mission est de faire connaître, comprendre et respecter les lois de la République et qui s’autorise aujourd’hui d’y déroger par une circulaire sibylline aux responsables scolaires après la mise en place de l’état d’urgence. On en notera le caractère sibyllin :

 » Dans les lycées, des zones spécifiques peuvent être aménagés au sein des établissements scolaires dans les espaces de plein air pour éviter que les élèves ne sortent du lycée pendant les interclasses »

Nombreux ont été les proviseurs qui ont interprèté ces « zones spécifiques » comme des zones où serait donnée la possibilité de fumer. L’imprécision laisse cependant l’imagination aller plus loin.

Cette possibilité viole par deux fois la loi. L’article R35 -11-1 datant de 2007, lequel précise la loi Evin et étend l’interdiction de fumer à la totalité de l’enceinte scolaire, cours et préaux compris et d’autre part l’interdiction de vente de tabac aux mineurs, complétée par la loi santé exigeant la présentation d’un titre d’état civil.

Le second pilier, celui de la santé publique et de son bras armé, la sécurité sociale. Le Gouvernement a présenté cette année un Programme National de Réduction du Tabagisme avec comme priorité le tabagisme des jeunes et l’ambition d’une prochaine « Génération sans tabac ».

En sera-t-il de même pour la COP21 : l’excellence des résolutions sera-t-elle aussitôt réduite par l’inconséquence des décisions ? Car enfin, autoriser de fumer pendant les pauses récréatives (la pause méridienne n’est pas concernée) n’est-ce pas accepter l’idée que les jeunes sont d’ores et déjà en addiction (s’abstenir de fumer pendant 3 h ne paraît pas insurmontable ; accepter aussi que ceux qui ne sont pas déjà en addiction vont y entrer (c’est le cas dès la centième cigarette) ?

N’oublions pas enfin que l’état d’urgence risque, après les événements récents, de se prolonger. Une mauvaise habitude n’est pas pour autant facile à interrompre et il y a fort à parier que si nous les tolérons aujourd’hui les coins fumoirs s’installeront définitivement dans les établissements scolaires.
J’ai été sidérée d’entendre dans les médias un proviseur approuver la mesure sous le prétexte de la hiérarchie des risques, le risque terroriste lui paraissant beaucoup plus menaçant que le risque du tabac. Autorisons-nous d’être cynique, M le Proviseur : vos élèves ont-ils plus de chances de mourir du tabac -lequel tue un fumeur sur deux ou du terrorisme ?

Mon père disait « les galons se cousent, l’autorité se construit ». Quant au courage, c’est sûr, il ne s’achète pas dans les bureaux de tabac.

 

 

 

Le savoir, le dire, le combattre et pourtant en mourir

Il ne marquera pas que le football, celui qu’on appelait « le Hollandais volant », mêlant la grandiloquence wagnérienne à son anti-conformisme désinvolte ; il restera comme un exemple de l’histoire incroyable du tabac dans nos sociétés. Wagner encore : après tant de victimes, de drames et de compromissions, cette histoires évolue vers son inéluctable crépuscule. Et Johan Cruyff n’y sera pas pour rien, et sans doute encore quelques millions de victimes.

L' »art total » du musicien allemand a inspiré le « football total » du joueur néerlandais. Son combat, personnel et public, sa mort, illustrent le « désastre total » du tabac. Peu de médias l’ont souligné, peu l’ont seulement évoqué.

Mort à 69 ans (il était à 3 mois près, mon « conscrit »), Johan Cruyff n’est pas mort d’un cancer pulmonaire, il est mort du tabac. Fumeur depuis l’adolescence,  sa première alerte survient à 44 ans sous la forme d’un double pontage coronarien. Celui qui faisait de son tabagisme invétéré une image de marque singulière dans le monde du sport, fumant jusque dans les mi-temps, passe alors à la contre-offensive et s’engage en Catalogne dans une première campagne anti-tabac. Puis il signe un partenariat avec l’OMS pour une campagne internationale « Quit smoking with the Barça » (l’équipe dont il était devenu l’entraineur). Jamais, il n’a caché le poids d’une addiction dont il ne réussissait pas à se défaire malgré la mise en scène de ses efforts. Jamais non plus, il n’a ignoré qu’il pouvait en mourir.

Malgré cet engagement, malgré cette lucidité, les médias ont été pour la plupart très timides à faire le lien entre sa mort et ce tabagisme devenu légendaire. Je comprends ce respect si l’on a nulle connaissance des souhaits du défunt de faire connaître sa maladie et d’en combattre la cause, mais ce n’était aucunement le cas de Johan Cruyff et cette personnalité sportivement et humainement admirable constitue aujourd’hui une figure de proue du combat contre le tabac.

Quelques uns l’ont précédé dans ce courage et cette volonté d’aider ceux qui viendraient après eux, comme Yul Brunner qui jusqu’à ses derniers jours enregistra un spot télévisé « Don’t smoke ». David Bowie mit en scène sa mort jusqu’au moindre détail mais sans faire jamais mention de ce combat contre un ennemi qui pourtant a fini par l’emporter. On appelait aussi Johan Cruyff  « le Bowie du foot » pour son originalité, son plaisir à jouer son personnage, mais sans doute avait il une pâte humaine plus épaisse comme il  l’a d’ailleurs montré en d’autres domaines.

Il disait « j’ai deux passions, le football et le tabac. L’une m’a tout donné, l’autre risque de tout me prendre ». Elle l’a fait. Je ne sais rien de ses derniers mois depuis le diagnostic en octobre dernier de cancer pulmonaire. A vrai dire, je ne sais rien de ses derniers mois à lui, mais je sais beaucoup des derniers mois d’hommes et de femmes qui les ont vécu avec la même impitoyable lucidité sur la maladie comme sur sa cause.

Pour cela, je crois profondément qu’il voudrait être encore l’acteur de ce combat contre l’inadmissible tolérance de notre société vis-à-vis du tabac et je dédie ce billet à lui-même et à sa famille.

 

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel